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Trouver le juste équilibre : les ressources éducatives ouvertes (REO) dans le monde en développement

Au vu du débat sur les avantages et l’avenir du MOOC (Cours en ligne ouvert et massif) qui a occupé la blogosphère pédagogique au cours de l’année écoulée, les discussions sur le partage ouvert des ressources éducatives prennent de plus en plus de place. Les ressources éducatives ouvertes, ou REO, représentent un outil susceptible d’avoir un impact sur la formation dans les pays en développement et les économies à croissance rapide, notamment au sein des pôles technologiques émergents en Afrique. Ces ressources ouvertes, librement accessibles, fournissent une formation de qualité aux personnes n’ayant pas accès à l’enseignement supérieur ou à l’éducation dans les pays en développement. Toutefois la crainte se fait jour que les ressources éducatives élaborées dans les pays hautement développés soient de peu d’utilité aux populations des pays en développement en raison des différences culturelles et économiques.

Par Claire Adamson

Les ressources éducatives ouvertes sont décrites par l’UNESCO (www.unesco.org/new/en) comme des matériaux d’enseignement, d’apprentissage ou de recherche pouvant être librement diffusés ou adaptés. Le MOOC est un bon exemple de REO, et des organismes comme Coursera (www.coursera.org), Udacity (www.udacity.com) et edX (www.edx.org) travaillent conjointement avec les meilleures universités des États-Unis et du monde pour mettre en ligne des cours universitaires et les rendre accessibles au monde entier. Connexions (www.cnx.org), une base de données globale de contenus pédagogiques, possède des ressources à tous les niveaux d’éducation, et l’Institute for the Study of Knowledge Management in Education (ISKME) a mis en place OER Commons (www.oercommons.org) pour fournir aux enseignants et aux étudiants un accès à 30.000 ressources éducatives en ligne.

La pertinence de ce type de ressources pour les pays en développement a été largement débattue, tout particulièrement en Afrique, continent qui connaît actuellement une croissance rapide et est le théâtre d’une grande innovation technologique. L’utilisation de matériel librement accessible dans les pays en développement pourrait aggraver le fossé entre le monde développé et le monde en développement, les Africains devenant consommateurs plutôt que producteurs de connaissances. Etant donné le coût élevé qu’implique la création des REO, les pays africains disposant de faibles revenus n’ont peut-être pas les moyens de créer et de diffuser leur propre matériel ni leurs ressources. La qualité et la quantité des REO en provenance des pays développés ne cessant de croître, les nations africaines risquent de prendre de plus en plus de retard.

Une pression en faveur du partage libre de l’information se fait d’ores et déjà sentir dans de nombreux pôles technologiques africains. Des organismes comme Siyavula (www.projects.siyavula.com) en Afrique du Sud et d’autres organismes du continent créent des REO à l’usage de leur propre pays et pour toute l’Afrique, et sont en train de mettre sur pied une communauté panafricaine de créateurs de ressources. OpenRwanda (www.shakingsun.com/?q=projects) est un portail Internet qui forme et encourage les Rwandais à utiliser le matériel librement accessible dont ils disposent. Peer2Peer University (www.p2pu.org/en) en Afrique du Sud et l’Université africaine virtuelle (African Virtual University) (www.avu.org), un organisme panafricain intergouvernemental, proposent tous les deux des cours gratuits en ligne dans le but d’accroître l’accès à l’éducation sur leur continent. Même si des progrès sont réalisés, les gouvernements et les acteurs politiques ont le devoir de favoriser le développement du matériel de REO pertinent pour les systèmes éducatifs d’Afrique.

Le public cible et l’accès ne sont pas les seuls problèmes inhérents aux REO. Le débat eLearning Africa en 2011 s’est focalisé sur le sujet des REO, adoptant la motion suivante : « Cette assemblée pense que le mouvement REO est fondamentalement biaisé parce qu’il est basé sur l’idée fausse selon laquelle les institutions éducatives ont la volonté de partager gratuitement et librement leurs ressources. L’idée que les universités et les professionnels devraient être réticents à abandonner leurs droits de propriété intellectuelle est une inquiétude qui s’est estompée lentement avec la popularité émergente des MOOC au cours de l’année écoulée. Philipp Schmidt de Peer2Peer University a suggéré, dans le cadre de la vision d’eLearning Africa sur le sujet, que des institutions privées devraient proposer des REO pour permettre de répondre à la demande. Il a également expliqué la manière dont les REO promeuvent l’innovation au sein du secteur éducatif et soutiennent la démarche des chercheurs en leur permettant de s’appuyer mutuellement sur leurs découvertes respectives.

Nombreux étaient ceux qui approuvaient la motion, tandis que l’opposition faisait valoir que les REO comportaient malgré tout un large potentiel d’effets négatifs. Une grande quantité de matériel et de ressources de mauvaise qualité circulent en raison de l’absence de contrôle qualité. Un autre aspect négatif des REO réside dans le fait que l’accès à des cours en ligne pourrait faire baisser l’assiduité des étudiants, et qu’en raison de la bureaucratie inhérente aux systèmes éducatifs, l’utilisation des REO reste pour le moment une chimère. Neil Butcher, chargé de stratégie pour l’Institut sud-africain d’enseignement à distance (Southern African Institute of Distance Education – SAIDE) (www.saide.org.za), a exprimé l’idée que les REO n’étaient que la partie émergée de l’iceberg et que le secteur éducatif avait besoin d’un remaniement complet.

Il semble qu’il y ait un consensus parmi les partisans et les adversaires du mouvement en faveur des ressources éducatives ouvertes sur le fait que ce domaine a besoin d’être développé en permanence et nécessite un changement de politique avant toute solution du problème, notamment dans les pays en développement.
eLearning Africa 2013 ouvrira le débat autour de l’innovation et discutera de nouvelles méthodes et prestations pour les REO dans un avenir prévisible.

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