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Partage de ressources : REL pour l’Afrique

Catherine Ngugi travaille pour le Mouvement des Ressources Ouvertes pour l’Education en Afrique depuis sa création. Elle devient chef de projet de Ressources Educatives Libres pour l’Afrique en 2008, une initiative qui promeut le libre échange des ressources en provenance et à destination des institutions de hautes études en Afrique. Catherine Ngugi explique à eLA quelles sont les méthodes de REL Afrique  et dans quelle mesure cela peut stimuler le développement des REL sur le continent.

 eLA : En Afrique, il y a déjà de nombreuses initiatives  en cours  pour les Ressources Educatives Libres (REL) et pour la constitution d’une bibliothèque numérique des savoirs. Pourquoi alors avoir choisi de créer une nouvelle initiative REL Afrique ?

OER Africa

La mission de REL Afrique  est de créer un réseau actif de praticiens des REL. En connectant les universités  qui sont dans la  même mouvance à travers le Continent, l’objectif est de développer de partager  et d’adapter les REL pour qu’elles répondent aux standards et aux besoins de hautes études dans les sociétés Africaines.  En créant et en développant un réseau de collaboration – grâce à des rencontres ou  via internet-  REL Afrique permet aux universités africaines d’exploiter le pouvoir des REL, de développer le potentiel des individus et des institutions  et de devenir partie prenante de du réseau des global des REL , en tant que producteurs  de ressources et non plus simplement en tant que consommateurs passifs. Pour en savoir plus : www.oerafrica.org.

En quelques mots : «  tant que les méthodes de création, d’utilisation et de partage des REL ne seront pas ancrées dans les esprits et ne feront pas partie intégrante de la politique des institutions, les projets pilotes ne se transformeront jamais en programmes dignes de ce nom. »

Catherine Ngugi : REL Afrique cherche à améliorer les méthodes d’enseignement et d’apprentissage au sein des institutions de hautes études en Afrique. Et dans ce secteur précisément il n’y a pas tant d’acteurs que ça. Mais vous avez raison de souligner que les initiatives portant sur les REL sont nombreuses sur le continent et justement,  notre ambition est de faciliter les interactions entre les différents projets qui existent déjà et ceux qui sont en gestation  en Afrique. Nous pensons que les échanges formels et informels entre les différentes initiatives REL permettront d’éviter la duplication des efforts, et de freiner ce qui pourrait conduire à un éparpillement des ressources humaines et financières puisque toutes ces  institutions ont, in fine, le même objectif.

Sur le site www.oerafrica.org, nous proposons des espaces d’interaction dédiés aux REL et nous soutenons aussi tous  types d’échanges entre les acteurs des REL et les chefs des projets existants sur le continent. Nous encourageons tous les échanges que ce soit à travers des rencontres, en communicant via Skype ou par le biais de tout autre outil de communication bon marché.

 eLA : Comment travaille REL Afrique ?

Catherine Ngugi : Notre site Internet n’est pas une simple bibliothèque de contenus. Tout ce que nous collectons pour constituer la Collection des Ressources Educatives Libres Africaines est soigneusement filtré que les ressources les plus pertinentes soient sélectionnées  Les documents doivent être adaptés au contexte de l’Afrique  et celui des pays en développement et adaptés aussi aux thèmes que nous avons choisis.  Précisément, ils doivent fournir des informations à propos des REL et sur la façon de développer leur pratique.

Le plan de travail de REL Afrique s’appuie sur un programme de  recherche en cours, lequel est aussi mis à la disposition des internautes  sous l’intitulé Creative Commons Licensing Framework. Nous invitons d’ailleurs les visiteurs du site à télécharger les ressources qu’ils pourront trouver utiles. Ce qui est essentiel c’est que les métas données de tout ce savoir, créé par et pour l’Afrique soit stocké dans une bibliothèque globale. REL Afrique cherche ainsi à démontrer que le continent est un pourvoyeur actif de savoir et pas seulement un consommateur passif de l’économie globale du savoir.

 eLA : Pourriez vous nous donner quelques chiffres pour illustrer le développement du mouvement pour les REL en Afrique ? 

Catherine Ngugi : Plusieurs établissements de d’études supérieures ont l’impression que les REL sont simplement synonymes de contenu ou encore d’apprentissage via Internet. Il est donc est important de dissiper les mythes en proposant des exemples pratiques de ce qui est possible.
De nombreux enseignants ont entendu parler des REL mais peu ont eu l’opportunité de tester le concept par eux-mêmes. En tant qu’avocats des REL, nous  savons que tant que les méthodes de création, d’utilisation et de partage des REL ne seront pas ancrées dans les esprits et qu’elles ne feront pas partie intégrante de la politique des institutions, les projets pilotes ne se transformeront jamais en programmes dignes de ce nom.

 eLA : Quelle est l’approche de REL Afrique en ce qui concerne les  structures d’incitations  dans l’enseignement supérieur et que faites pour stimuler  la création, l’organisation, la dissémination et l’utilisation des REL ?

Catherine Ngugi : REL Afrique travaille directement avec des institutions de hautes études qui ont clairement identifié leurs besoins spécifiques dans les domaines de l’enseignement et de l’apprentissage.

Dans certains domaines, ces besoins portent sur la nécessaire adaptation des contenus existants. Dans d’autres cas, les besoins peuvent concerner de nouvelles méthodes d’enseignement, comme la création et l’intégration de ressources audio visuelles.
Dans les cas où les institutions n’ont pas sauvegardé de catalogue de leur contenu  éducatif, nous les aidons à réaliser un audit de ces contenus. Ils peuvent ainsi identifier les contenus dont ils disposent, sous quelle forme ils se présentent et si certains ont besoin d’être mis à jour, ou supprimés ou encore s’ils sont de qualité suffisante pour être partagés avec d’autres. 
REL Afrique facilite la création d’ateliers de développement de contenu pour répondre spécifiquement  aux besoins identifiés par une institution. Nous aidons aussi à réaliser des ateliers d’audit des institutions. Cela permet, tout en respectant la confidentialité des informations,  de passer en revue les stratégies des différentes institutions dans les domaines  par exemple des ressources humaines, du développement de contenu éducatif, des droits d’auteurs, etc.

Notre objectif est en premier lieu de regarder comment, quand elles existent, les politiques stimulent le partage des ressources éducatives et ensuite s’il serait pertinent pour les institutions de créer un cadre formel dans lequel elles s’engageraient à développer  les REL.

 eLA : Les communautés de pratiques fonctionnent en général très bien dans l’éducation supérieure. Comment sont elles exploitées par REL Afrique ?

Catherine Ngugi : Le site de REL Afrique présente plusieurs communautés de  pratiques implantées en Afrique et donne accès à leurs ressources en ligne. Nous proposons des espaces d’échange pour les communautés de pratiques qui travaillent par exemple dans le domaine des mathématiques, de la sécurité alimentaire ou encore des sciences de la vie. Ces espaces leur permettent de communiquer, de travailler au développement de certains domaines REL, de partager des idées sur le développement des ressources, ou encore d’héberger leurs produits finis pour que ces ressources soient partagées avec d’autres sur le continent et dans le monde entier.

Nous proposons aussi un support en ligne et des rencontres pour soutenir les responsables des communautés de pratiques. Nous les aidons à tailler sur mesure des espaces en ligne qui répondent aux besoins spécifiques de leur communauté.

Catherine Ngugi est Directrice de Projet de REL Afrique. Auparavant, elle a développé  en 2005 le programme d’innovation et de recherche ( RIF)  pour l’Université Virtuelle Africaine, programme qu’elle a dirigé jusqu’en Septembre 2007. Catherine Ngugi est titulaire d’un MA de L’Ecole des Etudes Orientales et Africaines (SOAS) de l’Université de Londres.  Elle débute sa carrière dans le secteur privé, chez un industriel multinational. En 1997, elle s’installe à Dakar au Sénégal, où elle travaille pour le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA). Elle développe et coordonne le système de gestion des prêts et elle conçoit le modèle du plan de dotations du CODESRIA.

En  rejoignant Oxfam Grande Bretagne, elle pilote des cessions de formation régionales pour le développement de projets durables. Elle favorise également l’apport de fonds de SIDA (Swedish International Agence International) pour le programme Régional d’Education des jeunes filles africaines d’Oxfam GB.

Catherine Ngugi est  membre Associée de l’Institut du Genre Africain à l’Université de Cape Town, à ce titre, elle a travaillé en tant que consultante en hautes études et en arts pour diverses organisations internationales basées à Nairobi. Ses travaux ont été publiés dans  Kwani et dans le Journal des Etudes Culturelles. Elle a co-édité plusieurs publications dont le rapport (pour huit pays ) sur les TIC et les Hautes Etudes en Afrique.

Pour eux comme pour nous, il s’agit encore d’une phase d’apprentissage. Pour tous ceux qui sont intéressés par la mise en place d’une communauté de savoir en ligne, un guide sera en ligne à partir de fin Mars 2009.

Le Site de REL Afrique servira aussi à fédérer les Meta données générées par ces communautés de pratiques en ligne mais aussi par nos propres recherches dans les bibliothèques globales  de REL. Nous pourrons ainsi donner une meilleure visibilité aux REL créées en Afrique. A ce jour, nous avons eu des retours positifs de la part des utilisateurs réguliers et occasionnels. Notre stratégie est désormais d’analyser méthodiquement les statistiques de notre site avec pour mesurer quels éléments du site sont les plus intéressants pour les utilisateurs.

 eLA : Avez vous des projets de coopération avec des initiatives REL existantes ?
Catherine Ngugi : REL Afrique est en relation avec les institutions, les facultés et les réseaux de personnes qui exploitent les REL. Depuis sa conception en 2008,  REL Afrique a apporté son soutien au Groupe de Travail Collaboratif du Conseil Africain pour l’Education à Distance (ACDE). Cette association cherche à développer, grâce aux aides et aux services proposés par REL Afrique, des cours collaboratifs qui seront dispensés à travers le réseau des universités libres africaines. ACDE a une portée pan africaine et compte 26 institutions membres en provenance de 11 pays d’Afrique.

Il existe un réseau coopératif dédié à la santé, conduit par l’université de Michigan et REL Afrique, qui comprend 5 universités d’enseignement supérieur. Le nombre des membres de cette communauté de recherche pour les REL dans le domaine de la santé va s’élargir en 2009 pour inclure d’autres partenaires potentiels avec lesquels REL Afrique est engagé par ailleurs. Et là, comme dans d’autres cas où les communautés de pratiques sont soutenues par REL, chaque partenaire a un rôle bien défini. Ainsi aux démarches institutionnelles engagées par REL Afrique vient s’ajouter l’expertise apportée par l’Université du Michigan.

Les institutions de l’enseignement supérieur en Afrique ont identifié des besoins spécifiques. REL Afrique a produit des pilotes preuves de concept pour répondre à ces besoins, dont les institutions vont piloter la  mise en place. Les résultats seront mis à la disposition de toutes les personnes concernées sur la plateforme www.oerafrica.org.

 eLA: Merci pour votre temps.

 

Le 19 Fevrier, 2009

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