Les TIC et l’accompagnement des personnes âgées au Togo
Interview avec Dodji Dovi, Doctorante en sciences de l’éducation à l’Université de Lomé
Dodji Dovi
Dodji Dovi a une formation pluridisciplinaire, à l’intersection entre la sociologie, l’éducation et l’information. Elle a plusieurs cordes à son arc et surtout une passion: "J’aime m’investir dans le social" dit-elle. Quand elle mesure le besoin de ressources pour aider les personnes âgées et leurs accompagnants au Togo, elle fait appel à des amis et des professionnels pour lancer un site internet dédié et toute une palette d’outils. Elle est titulaire d’un DEA en sociologie et d'un master professionnel en information et en communication. Dans le cadre de ce Master son projet professionnel a justement porté sur les TIC et la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Elle mène de front sa carrière dans une organisation de développement, la préparation de sa thèse de doctorat en sciences de l’éducation à l’université de Lomé et le développement du projet. Les deux premières lui permettent d’alimenter le troisième en ressources et en financements. Entretien avec une femme de conviction.
eLA : Comment ce projet a-t-il vu le jour ?
Dodji Dovi : C’est en voyant la santé de ma propre mère se dégrader que j’ai eu besoin de comprendre les effets du vieillissement pour savoir comment réagir quand on s’occupe de personnes âgées. J’ai notamment beaucoup utilisé internet pour trouver des réponses à mes questions et recueilli des informations chez des amis ayant déjà vécu une pareille expérience. Et puis je me suis dit que tout ce que j’apprenais, ça devait être partagé avec d’autres et quand j’en ai parlé autour de moi, je me suis rendue compte que j’étais loin d’être la seule à avoir ces préoccupations.
Avant, on vivait tous ensemble et finalement le "savoir faire" pour accompagner les anciens se partageait en famille, de génération en génération. Mais la société se transforme, les structures familiales aussi, la transmission des savoirs ne se fait plus de la même façon. Et je crois que les outils modernes peuvent nous aider. De plus, nous vivons une pénurie de prestataires qualifiés d’accompagnement à la personne. Avec des amis, des psychologues, des soignants mais aussi avec l’aide de personnes âgées dépendantes, nous avons créé un groupe de travail autour de ces questions, puis nous avons lancé le projet, dans sa phase expérimentale tout d’abord, dans le cadre du master professionnel en information et communication.
eLA : Qu’avez-vous fait pour comprendre les attentes des uns et des autres?
La question de la prise en charge des personnes âgées au Togo*
Selon les Nations Unies, en 2007, le Togo comptait 6,5 millions d’habitants, dont environ 6 % de personnes de plus de 60 ans. L’espérance de vie à la naissance est de 53,7 ans pour les hommes contre 57,2 pour les femmes. Il n’existe pas de gériatres dans le secteur public ni de spécialisation de gériatrie à l’université. Sur le plan de la santé, alors qu’il est facile de parler de paludisme par exemple, certains troubles font honte et on ne veut pas en parler, comme les troubles comportementaux que l’on rencontre pourtant assez souvent chez les personnes âgées. Comme dans tous les pays d’Afrique sub-saharienne, la cellule familiale se nucléarise, et la solidarité d’antan disparaît. Mais la prise en charge des personnes âgées demeure toujours l’affaire de la famille, principalement des femmes et des filles, faute d’arrangement formel par l’Etat et d’existence de service aux personnes âgées proposées par le privé.
(*source accompagnement.kabissa.org)
Dodji Dovi: Nous avons organisé des entretiens et des groupes de discussion, à Lomé mais aussi dans des villages et en zone semi-rurale. J’ai été positivement surprise de voir que les gens répondaient présent, aussi bien les accompagnants que les personnes âgées dépendantes qui se sont vraiment prêtées au jeu. Il y a une volonté, des uns comme des autres, de mieux comprendre les effets du vieillissement et de dissiper les malentendus qui peuvent en résulter dans la relation des personnes âgées avec leur entourage. Toutes ces informations nous ont aidés à mieux préparer notre projet.
eLA : En quoi consiste votre projet justement ?
Dodji Dovi : Il ya plusieurs parties dans le dispositif. Nous avons créé un site internet (http://accompagnement.kabissa.org/) qui contient un forum de discussion, des conseils pratiques, des informations de santé et des formations en ligne. Mais nous savons bien que tout le monde n’a pas accès à internet et nous envisageons d’autres relais pour l’information. Par exemple nous prévoyons des émissions de radio, car tout le monde en a une, mais aussi des séminaires. Et dans une phase suivante, nous souhaitons créer un centre de ressources qui pourrait être un lieu d’échange et un centre de formation pour les accompagnants. Par exemple nous souhaitons former des jeunes qui pourraient aller aider des familles qui en ont besoin. Ce serait alors un service payant. Par ailleurs, nous souhaitons faire évoluer le site, enrichir son contenu en proposant de nouveaux modules de formation par exemple.
eLA : Comment vous faites vous connaître ?
Dodji Dovi : Pendant la phase expérimentale nous avions réalisé des émissions de radio justement ainsi que des réunions et cela a fait parler de nous. Mais en ce moment c’est plutôt par le bouche à oreille en attendant d’avoir plus de moyens. Nous finançons cette première phase de notre poche. L’association "Le Rameau de Jessé" nous soutient et Kabissa héberge le site gratuitement. Maintenant nous souhaitons développer le projet à plus grande échelle et nous cherchons de nouveaux partenaires.
eLA : Avez-vous l’ambition d’étendre vos services en dehors des frontières ?
Dodji Dovi : Nous avons déjà parlé de ce que nous faisons avec des amis au Bénin et au Burkina. Ils nous ont dit partager les mêmes préoccupations et avoir besoin eux aussi de ce genre d’informations. Oui, nous aimerions bien trouver un public dans les pays voisins, en Afrique de l’ouest de façon générale.
eLA : Merci de votre temps
Link
http://accompagnement.kabissa.org/
Le Avril 8, 2009
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