Le développement des TICE: un enjeu de premier ordre après la crise en Côte d’Ivoire
Fatoumata Kone, Ministère
de l’Education Nationale,
Dabakala, Côte d’Ivoire
Les situations les plus critiques génèrent des énergies insoupçonnées. Dans certaines régions en Côte d’Ivoire, une chaîne de solidarité s’est mise en place, pendant ou après les conflits, pour permettre aux enfants de continuer tant bien que mal à être scolarisés et pour que la formation soit maintenue sous différentes formes. C’est par exemple le cas de la région de Dakabala, dont nous parle Fatoumata Kone. Aujourd’hui, cette dernière se bat pour que les efforts conjugués des populations et des ONG ne soient pas vains. Pour que la prochaine étape soit l’accès aux TICE pour tous. Une gageure pour un pays qui pendant plusieurs années de crise a vu ses infrastructures dévastées et été privé d’un système scolaire digne de ce nom. Mais Fatoumata Kone ne manque ni d’énergie ni d’idées.
Fatoumata Kone est Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire à Dabakala au Nord de la Côte d’Ivoire et elle a à cœur de relever le défi du développement des TIC pour l’éducation. Elle mène actuellement une étude pour comprendre les besoins d’une région bien précise qui pourrait servir de laboratoire de développement. Il s’agit du département de Dabakala. Quelques mots tout d’abord sur le contexte : Ce fief de l'ex rébellion ivoirienne a choisi de maintenir la scolarisation des enfants pendant la crise. L'école a survécu grâce aux actions de certaines ONG, de l’aide de la population non déplacée, des enseignants bénévoles et de certains organismes internationaux.
Côte d'Ivoire © Wikipedia
Fatoumata Kone explique que le Ministère de l’Education Nationale n’a pas abandonné sa politique de gratuité de l’école (entamée depuis l’an 2000) dans cette région endeuillée par la guerre. Selon Madame Kone, depuis les premières heures de la crise jusqu’à maintenant, les élèves de l’école primaire ont toujours été ravitaillés en kits et manuels scolaires. Certaines ONG ont œuvré pour l’alphabétisation des adultes, surtout des femmes. Un phénomène nouveau a vu le jour; il s’agit du développement des écoles dites « communautaires » à l’initiative de la communauté locale elle-même. Dans la région de Dabakala, il existe à ce jour douze écoles communautaires dans différents villages.
Les enseignants bénévoles ont également joué un rôle très important pour la survie de l’école dans la région. Contre des salaires dérisoires, ils ont régulièrement prodigué des cours. Après le conflit, l’UNICEF a réalisé plusieurs campagnes de sensibilisation intitulées « back to school» destinées à la scolarisation massive en faveur des jeunes filles en particulier dans les zones ex-assiégées. Save the Children, qui œuvre pour le respect des droits de l’enfant et de sa protection, à travers son programme « éduquer pour l’avenir» réhabilite de nombreuses écoles et dispense entre autres des formations pour les enseignants.
Le NRC (Norvegian Refugian Concil) fait quant à lui la promotion des classes dites « passerelles ». Ces classes reçoivent uniquement les enfants de dix à treize ans qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école, notamment en raison des déplacements de population. A l’issue d’une formation accélérée de dix mois, ces enfants peuvent rejoindre le cursus scolaire normal. Toutes les charges à savoir les kits et manuels, le salaire et la formation des enseignants et autres équipement des classes sont supportées par le NRC. A Dabakala, il existe quatre classes passerelles. Le United Nations World Food Programme (WFP) a soutenu les cantines scolaires en vivres et contribué à leur multiplication.
Quelques chiffres à propos de l’éducation en Côté d’Ivoire :
Taux d’alphabétisation des adultes (%), 2000-2007 * : 49
Taux nets de fréquentation à l’école primaire (%), 2000-2007* : 62
Nombre de téléphones pour 100 personnes, chiffres 2006 : 22
Utilisation d’internet pour 100 personnes, chiffres 2006 : 2
% des dépenses du gouvernement central affecté à l’éducation (1997-2006*) : 21
(Sources : www.unicef.org/french/infobycountry/
cotedivoire_statistics.html)
* Données disponibles les plus récentes pendant la période spécifiée.
Selon l’internationale de l’Education , le taux de scolarisation en Côte d’Ivoire était de 75% avant le début de la crise de 2002. En 2007, à la fin du conflit il serait tombé à environ 50% (enseignement primaire et secondaire confondus).
Ainsi dans la région de Dakabala, l’école a pu garder la tête hors de l’eau. Aujourd’hui, selon Madame Kone, pour prolonger ces efforts, les TICE doivent impérativement être développées. Fatoumata Kone est en effet convaincue que ceux qui n’ont pas accès à la technologie sont exclus, selon ses propres mots, ils sont les analphabètes de l’époque. Pour cette enseignante dans l’âme, les conflits ont créé suffisamment d’exclusion, il est temps de créer une dynamique d’éducation qui aille dans le sens contraire et particulièrement grâce à l’usage des TICE. Mais par quel bout commencer ? Le déficit des enseignants reste un problème majeur, comme le déficit de formation ou encore le manque de structures d’accueil ou d’équipements adéquats. A titre d’exemple, les structures de l’Inspection sont restées sans ressources documentaires jusqu’en Octobre 2007.
Les TIC sont quasiment absentes dans la circonscription de l’Enseignement Préscolaire et Primaire de Dabakala. Alors le combat de Fatoumata Kone commence avec son propre investissement. Elle s’engage personnellement pour susciter l’engouement des différentes parties prenantes. Elle va de village en village pour sensibiliser les parents au bien fondé des TIC et elle a commencé à acheter elle-même du matériel. En analysant le cas de Dakabala qu’elle connait bien, elle a l’ambition de mettre en place un modèle de développement des TICE - post conflit. Fatoumata Kone présentera les résultats de son étude lors de e-learning Africa et elle entend bien partager ses convictions, ses questions et les propositions de solutions avec les participants de la conférence.
Fatoumata Kone présente dans la session « Le eLearning et les situations post-conflictuelles » le vendredi 29 mai 2009 de 13:30 à 15:00.
Le 6 mai 2009
Newsportal: eLearning in the School System
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