Permis de savoir
En signant les contrats
eLearning Africa rassemble du monde pour échanger des idées et créer des partenariats. Cette conférence a vu naître de nombreuses collaborations fructueuses, et cette année, la Fondation ECDL, une organisation irlandaise à but non lucratif, et le Ministère sénégalais pour l’enseignement technique et la formation professionnelle, ont signé un accord important pour le développement des compétences et connaissances informatiques au Sénégal. Leur projet commun encouragera l’alphabétisation numérique en introduisant le « Passeport de compétences informatiques international » (PCII) au Sénégal. Daniel Palmer, Directeur régional du développement de la Fondation ECDL pour le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie-Pacifique,
parle du projet, des difficultés à surmonter, et des retombées bénéfiques auxquelles nous pouvons nous attendre.
eLA: M. Palmer, qu’est-ce que le Sénégal a à gagner du « Passeport de compétences informatique international » (PCII) ?
En général, le programme PCII profite aux pays en tant qu’outil de développement national, et cela s’explique en deux points.
Tout d’abord, il améliore directement les compétences informatiques des utilisateurs finaux – c’est une alphabétisation numérique –, et la population active devient donc plus importante. Comme ce programme est conçu pour des individus, mais avec un impact national à grande échelle à l’esprit, l’effet cumulé de plusieurs milliers de personnes améliorant leurs compétences informatiques s’est avéré considérable. Les personnes ayant acquis de nouvelles connaissances numériques contribueront à créer des postes plus qualifiés et à diversifier le marché de l’emploi. Cela pourrait aussi engendrer un marché potentiel pour les services en ligne.
Ensuite, étant donné que le programme PCII compte presque exclusivement sur les personnes locales pour implémenter le certificat, depuis les auditeurs et le personnel dirigeant le PCII au niveau national jusqu’aux éditeurs et aux institutions de formation, l’infrastructure éducative du pays tout entier est renforcée en développant les compétences nécessaires pour opérer à un niveau éducatif international. Des écoles, universités, corps gouvernementaux, ONG et centres privés de formation participent tous à notre programme, pour un impact étendu et évident, étant donnée la nature de référence de ce certificat.
Qu’est-ce que le PCII ?
Le Passeport de compétences informatique international (PCII), aussi connu sous le nom de Passeport de compétences informatique européen (PCIE), est une qualification professionnelle de compétences informatiques basiques respectée dans le monde entier. Le PCII est spécifiquement destiné aux personnes désirant se familiariser avec l’informatique et voulant débuter en obtenant une qualification de base. Le PCII les aide à développer leurs compétences et améliore de ce fait leurs perspectives de carrière. C’est devenu la qualification la plus largement reconnue dans le domaine de l’informatique professionnelle, comptant plus de 9 millions de participants dans 146 pays du monde. En Afrique, il est déjà opérationnel dans 32 pays. Jusqu’à présent, environ 800 000 africains se sont lancés avec succès dans le programme PCIE.
Le PCII a été développé et est suivi par la Fondation ECDL, dont le rôle est de promouvoir et de coordonner le développement du concept PCII et de se porter garant de la norme PCII. Le PCII lui-même ne propose aucun cours de formation ou matériel d’apprentissage : il agit comme modèle à partir duquel ses partenaires locaux, tels que les institutions de formations et d’examens (environ 22 000 dans le monde entier) et les éditeurs de documents d’apprentissage (environ 100 dans le monde entier, y compris les documents sur papier et sur le Web), peuvent structurer leurs cours.
Pour de plus amples détails, veuillez consulter le site Web : http://www.ecdl.org/publisher/index.jsp
eLA : Votre organisation rencontre-t-elle des difficultés spécifiques au Sénégal, ou de manière plus générale en Afrique ?
Nous œuvrons toujours dans le but de bâtir nos projets par le biais de partenariats avec des organisations locales, ce qui représente en partie notre modèle de durabilité. Cela signifie que nous rencontrons les mêmes problèmes partout dans le monde : nous devons notamment surmonter les barrières linguistiques et culturelles, et surtout, établir et maintenir nos relations avec des partenaires fiables qui nous aideront à obtenir de bons résultats.
Au Sénégal, comme dans le reste de l’Afrique, cette difficulté peut être exacerbée par le besoin d’impliquer plusieurs partenaires dans la constitution d’un projet. Par exemple, les fonds peuvent provenir d’une institution de financement internationale, plutôt que directement du gouvernement. Un scénario tel que celui-ci rend les choses bien plus complexes, et demande donc bien plus d’efforts pour une bonne coordination générale !
Cependant, notre expérience nous a montré que ce genre de difficultés était très souvent facilement surmonté par l’ambition, la passion, l’envie de réussir, et la bonne volonté envers des projets de développement nationaux existant dans la majorité des pays d’Afrique, mais aussi dans l’intégralité des pays en voie de développement.
Maintenant que l’accord avec le Ministère sénégalais pour l’enseignement technique et la formation professionnelle a été signé, comment le projet sera-t-il implémenté ?
Nous travaillons conjointement avec le Ministère en vue d’obtenir les résultats nécessaires pour que le peuple sénégalais constate la différence. De notre côté, nous nous focaliserons tout d’abord sur l’établissement d’une capacité de rendement PCII local en accréditant les institutions ministérielles comme centres d’examens et de formations. Ces centres prendront part à des implémentations pilotes regroupant jusqu’à 100 étudiants pour s’assurer que le système fonctionne comme voulu. Cette activité sera complétée par l’ajout constant de partenaires non-ministériels tels que des universités et des instituts privés de formations dans notre réseau, qui visera à soutenir le projet du Ministère si nécessaire. Nous rechercherons également un appui supplémentaire
de la part d’employeurs, académies et autres ministères clés, en vue de mieux faire connaître le PCII à la population dans son ensemble.
En parallèle, nous chercherons à former les partenariats et soutiens nécessaires à l’expansion des pilotes en des initiatives à grande échelle. Notre expérience nous a montré que cela pourrait demander la collaboration d’autres ONG expertes pour travailler avec des segments particuliers de la population, et potentiellement aussi pour fournir des fonds supplémentaires.
eLA : L’accord énonce que vous souhaitez vous concentrer spécifiquement sur l’alphabétisation informatique des femmes, des jeunes et des populations rurales. Comment avez-vous l’intention de rendre cela possible ?
Améliorer l’alphabétisme numérique de ces groupes permettra de les rendre plus forts et ainsi de contribuer pleinement au développement national du Sénégal. à cette fin, nous devons développer des campagnes de sensibilisation publique focalisées sur l’articulation des avantages de l’alphabétisation numérique pour chaque groupe spécifique. Nous devons nous assurer que nous disposons des capacités techniques et géographiques nécessaires pour qu’ils puissent aisément participer au programme, et nous devons intégrer l’élément éducatif dans un contexte pertinent pour chaque groupe. Pour leur développement, nous pouvons nous montrer très créatifs.
Ainsi, par exemple, nous pourrions incorporer le programme éducatif dans une série de camps d’été pour les jeunes enfants, peut-être même en nous associant avec d’autres organismes de développement des compétences dans d’autres domaines tels que le sport. Dans les zones rurales, nous pourrions montrer comment des compétences informatiques pourraient aider les agriculteurs à améliorer leurs méthodes, et nous pourrions constituer le programme éducatif autour de ce message. Pour les jeunes en âge de travailler, nous pourrions aussi créer une compétition encourageant les jeunes entrepreneurs à lancer leurs propres entreprises, et leur offrir les compétences d’alphabétisation numérique requises en utilisant le PCII. Je suis certain que nous aurons aussi d’autres idées nouvelles pour le Sénégal.
Cette contextualisation aide le public cible à véritablement s’engager, à croire en ce qu’il fait, et à concevoir les avantages immédiats de ses nouvelles compétences.
eLA : Les participants au programme doivent-ils acheter du matériel ou des méthodes d’apprentissage pour pouvoir assister aux cours et passer le test final ? Le cas échéant, proposez-vous un soutien financier ou des bourses aux personnes ayant besoin de financements ?
Si les participants le désirent, ils peuvent télécharger le programme d’enseignement PCII sur notre site Web (gratuitement) et apprendre les compétences nécessaires en autodidactes. Ils peuvent ensuite se rendre au centre de tests, passer les examens et obtenir le certificat. Il est nécessaire de payer une petite somme pour s’inscrire, ce qui vaut au participant de recevoir un historique de ses accomplissements appelé carte de compétences, qui retrace son progrès au travers des 7 examens PCII menant au certificat.
Sinon, le participant peut assister à des cours de formation dans un établissement de formation professionnelle conforme à la norme PCII, et utilisant les méthodes d’apprentissage que nous accréditions. évidemment, cela revient plus cher, mais l’étudiant dispose de flexibilité, en fonction de ses besoins.
Nous collaborons avec nos partenaires pour nous assurer que les gens puissent accéder à une initiative qu’ils trouvent pertinente personnellement. Ceci inclut l’apport de financements, soit de la part du gouvernement, soit de la part d’une tierce partie (telle qu’une initiative de responsabilité sociale collective) si nécessaire. Nous ne sommes pas en mesure de proposer des bourses nous-mêmes : en tant qu’organisation à but non lucratif, nous n’essayons de recevoir des financements que pour couvrir nos propres frais.
eLA : Après la République du Sénégal, avez-vous déjà à l’esprit le prochain pays africain dans lequel vous aimeriez introduire et implémenter le projet PCII ?
Nous avons l’intention de lancer de nouvelles initiatives au Bénin et en Sierra Leone dans un futur proche. Nous voulons aussi étendre considérablement l’envergure de nos initiatives actuelles en Algérie, au Cameroun, au Ghana, au Kenya, au Nigéria et au Rwanda : nous avons donc encore de quoi nous occuper. Nous serions ravis si nous réussissions à atteindre le nombre d’un million de participants en Afrique, et j’espère que nous y arriverons l’année prochaine.
eLA : Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, M. Palmer.
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